Une étude exploratoire au Luxembourg.

Structures sociales et parcours de mineurs avec et sans passé migratoire au-delà des procédures légales. Une étude exploratoire au Luxembourg.

© Prof. Dr. habil. Gilles Reckinger

Résumé

L’étude de 2021 dresse une image différenciée du phénomène des MNA et d’autres mineurs particulièrement vulnérables. Elle présente l’état de la recherche internationale, analyse les structures sociales sous-jacentes, la genèse du terme et du phénomène MNA, le rôle des médias luxembourgeois, génère des données empiriques et présente une étude de cas.

Le malaise des transformations sociales et les jeunes

Les transformations sociales des dernières décennies ont conduit dans les pays occidentaux à une augmentation de la peur du crime de grandes parties de la population, alors qu’un niveau de sécurité très élevé a été atteint. Cette peur se manifeste à trois niveaux : 1) Des craintes plus ou moins indéterminées des citoyens sont 2) reprises et amplifiées par les médias, ce qui provoque 3) l’intervention du parquet, de la police et des administrations afin de gérer et de sanctionner les menaces diagnostiquées. Les négociations entre ces trois niveaux créent des narratifs puissants dans le cas des adolescents et des MNA. En décrivant les MNA comme particulièrement nombreux et agressifs, les médias contribuent à la perception de leur présence comme un ennui public. Ils renforcent ainsi les processus de stigmatisation et les peurs. La question des causes n’est pas au premier plan, mais celle des moyens rapides pour remédier aux problématiques évoquées. La spirale de la marginalisation est ainsi alimentée, car l’exclusion et la stigmatisation apparaissent comme la conséquence légitime du non-respect des normes, et non comme leur condition.

Fermeture des frontières/ Criminalisation des migrants

Les politiques de plus en plus restrictives des pays du Nord global font du système d’asile l’une des rares possibilités d’entrée légale. En raison de la priorisation progressive des migrants dits vulnérables, le nombre de ceux qui se font passer pour des MNA augmente dans le contexte européen. Cela provoque à son tour un climat institutionnel tendu, marqué par la méfiance envers les candidats potentiels à l’asile. Le “vrai réfugié” correspond à des représentations hautement moralisées de la vulnérabilité, de la victimisation et de la passivité. Le revers de cette image frappe de plein fouet les personnes déboutées de leur demande de protection internationale, imaginés comme étant principalement des hommes, des fraudeurs, et capables d’agir.

Genèse et construction du phénomène MNA

L’histoire des concepts montre que le phénomène est difficile à appréhender empiriquement. Les notions se révèlent sous-complexes mais riches en conséquence pour les personnes concernées. Dans le contexte occidental, le terme n’évoque toutefois pas seulement une catégorie juridique, mais une situation d’alerte sociale liée à la distance des personnes concernées par rapport à une norme dominante. Si la grande majorité des enfants sont scolarisés et vivent dans un contexte familial, ceux qui se trouvent en dehors de ce cadre sont particulièrement visibles administrativement et apparaissent fragiles.

Le groupe des MNA est très hétérogène et largement inconnu sur le plan empirique. Si le phénomène a pris de l’ampleur ces dernières années, on ne peut toutefois pas parler de croissance exponentielle. Pourtant, le phénomène doit être pris au sérieux – en raison des dysfonctionnements qu’il entraîne et des crises qu’il révèle, même si celles-ci trouvent leur origine dans d’autres lieux et d’autres circonstances. En effet, les MNA peuvent présenter les mêmes problématiques que les enfants résidents : violence familiale, négligence, problèmes psychologiques, etc. L’hétérogénéité des conditions de départ se double d’une hétérogénéité des expériences vécues pendant la migration. On oublie que les enfants et les jeunes des pays en développement et émergents sont déjà exposés à de graves risques dans leurs contextes d’origine. Ces risques et la capacité des familles à les protéger font partie du processus complexe qui détermine quels enfants migrent, comment ils voyagent, et le niveau de soutien qu’ils reçoivent via des réseaux familiaux et autres. En Europe, on se focalise trop sur le mouvement comme cause de vulnérabilité, au détriment d’une analyse des défavorisations socio-économiques sous-jacentes.

Le dilemme des MNA est que leur statut se situe à l’intersection des politiques migratoires et de la protection de l’enfance. En effet, depuis quelques années, la Convention des Nations Unies relative aux droits de l’enfant, selon laquelle la nationalité, l’origine et le statut d’enregistrement n’ont pas à jouer de rôle ne semble plus être déterminante pour l’accueil des migrants mineurs. Au contraire, le mythe des “faux” mineurs s’est de plus en plus imposé, c.-à-d. des personnes qui voudraient profiter du système ou qui, en raison de leur parcours migratoire, seraient suffisamment mûrs pour se débrouiller seuls. La violence politique et institutionnelle qui s’articule ici empêche de voir les nombreuses nuances qui constituent la réalité entre ces pôles. La concentration sur les dimensions biologiques de l’enfance occulte le fait que la manière dont les enfances peuvent être vécues est avant tout une question sociale. La ligne de démarcation construite de la majorité et la perte des droits spécifiques des enfants qui en découle mettent en danger la stabilité et la sécurité à long terme des jeunes concernés. Du jour au lendemain, un enfant en séjour légal devient un(e) migrant(e) en situation irrégulière, potentiellement expulsable. Les personnes concernées se voient alors souvent contraintes de quitter les institutions et les programmes et de passer dans la clandestinité.

Etude de cas au Luxembourg: Rohullah

Cette analyse de cas permet de comprendre les expériences traumatisantes non seulement d’une migration forcée d’un mineur, mais aussi et surtout de la violence émanant du système d’asile européen. Elle représente de manière exemplaire, mais non exhaustive, les réalités de ces jeunes gens criminalisés ou victimisés par les médias. Elle a été réalisée à la suite d’un entretien ethnographique avec un jeune homme originaire d’Afghanistan qui a fui à l’âge de 12 ans avec sa mère et ses petits frères. Dès la frontière iranienne, il est séparé de sa famille par la force. Après un parcours tortueux et traumatisant, il arrive en Suède en passant par la Turquie, la Grèce et l’Allemagne. Il vit dans plusieurs familles d’accueil différentes et y subit des violences racistes, verbales et physiques. Il fait une dépression et développe des idées suicidaires. Après des décisions d’asile négatives dans toutes les instances, il est clair qu’il sera expulsé à sa majorité. Avec l’aide de son assistante sociale, il parvient à s’enfuir en France. De nouveau dans la rue à Paris, il panique à l’idée que tout est à recommencer. Sur les conseils d’un homme originaire d’Afghanistan, il se rend au Luxembourg, un pays qu’il ne connaît pas. Une vérification de l’âge est ordonnée ; elle aboutit à la conclusion erronée qu’il serait majeur. Il est emmené dans un centre de rétention, d’où il s’enfuit à nouveau vers la France. Son employeur actuel s’engage et il retourne ainsi au Luxembourg peu de temps après. Son âge réel est reconnu par les autorités. Un contrat de travail le protège de l’expulsion, mais il n’est pas autorisé à aller à l’école ou à suivre une formation. Au fur et à mesure que l’entretien avance, Rohullah donne de plus en plus de détails et la conversation porte de plus en plus sur ses expériences traumatisantes et son stress psychique. L’entretien est pour lui un élément déclencheur et il se met à pleurer. Il ne peut plus s’arrêter de pleurer pendant trois jours.

Rohullah est un des nombreux enfants en danger devenus adolescents en cours de route. Son exemple montre à quel point les MNA suscitent à la fois compassion et méfiance, la méfiance des autorités l’emportant nettement.

L’appareil judiciaire et administratif renforce l’affolement social au lieu d’œuvrer à une solution pleinement informée, durable et constructive. En effet, le contexte d’arrivée n’offre actuellement la plupart du temps qu’une réponse incohérente aux stratégies de survie des jeunes dans cette phase de transition de leur vie et ne peut que rarement répondre à leur besoin de soutien affectif, éducatif et économique.

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Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher

Maison des Droits de l’homme
65, route d’Arlon
L-1140 Luxembourg

Structures sociales et parcours de mineurs avec et sans passé migratoire au-delà des procédures légales.

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