À l’occasion de la Journée internationale de la non-violence, l’Ombudsman fir Kanner a Jugendlecher (OKAJU) appelle à renforcer la prévention et la protection contre toutes les formes de violence à l’égard des enfants. L’article 19 de la Convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant est sans équivoque : tout enfant a droit à une protection contre toute forme de violence. Il impose aux pouvoirs publics de prendre les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour prévenir les violences, les détecter et y répondre — y compris lorsqu’elles sont commises par d’autres enfants.
Cette année, l’OKAJU attire particulièrement l’attention sur les violences commises par des enfants à l’égard d’autres enfants. Celles-ci ne peuvent être réduites à des problèmes individuels de comportement. Leur prévention exige d’agir aussi sur les milieux de vie des enfants et sur les responsabilités des adultes et des institutions.
Les enfants du Luxembourg témoignent de l’importance de lutter contre la violence : pour les 1 172 enfants de 6 à 18 ans ayant répondu à l’appel à contributions de l’OKAJU pour son rapport annuel 2026, la violence était la deuxième source d’inquiétude la plus citée, avec une place particulière accordée au harcèlement scolaire.
A l’occasion de cette journée, l’OKAJU publie un document de réflexion en français et en allemand intitulé Violences entre enfants au Luxembourg — Constats, enjeux et priorités de protection de l’enfance. Il présente notamment des données chiffrées, fait état de réponses encore fragmentées aux violences à l’égard des enfants et souligne le rôle des adultes et des institutions, le manque de données, ainsi que les préoccupations liées à la réforme de la protection de la jeunesse et au placement d’enfants en prison pour adultes. Il expose enfin les priorités de l’OKAJU pour renforcer la protection des enfants.
Priorités de l’OKAJU
L’OKAJU appelle à mettre en œuvre les huit priorités suivantes, figurant dans son document de réflexion:
- Adopter sans délai une réforme cohérente de la protection de la jeunesse et de l’aide à l’enfance et à la famille, avec une gouvernance claire, une coordination interinstitutionnelle, des protocoles communs et une offre de soutien spécialisée réellement accessible. La réforme doit être pleinement conforme aux droits de l’enfant et distinguer clairement l’aide, la protection et la réponse aux faits infractionnels.
- Mettre fin sans délai au placement d’enfants en prison pour adultes, garantir que toute mesure privative de liberté soit ordonnée par un juge ayant vu et entendu l’enfant, et favoriser des mesures de justice restaurative et de diversion.
- Mettre en place une commission nationale indépendante sur les violences à l’égard des enfants, afin de recueillir le vécu des victimes et d’analyser leurs parcours, de documenter les violences passées et présentes, de produire des données régulières permettant de mieux comprendre l’ampleur, les formes et les contextes des violences, d’identifier les défaillances systémiques et de formuler des recommandations pour améliorer durablement la prévention, la protection et la prise en charge. Elle doit également offrir un espace accessible permettant de briser le silence autour des violences vécues pendant l’enfance.
- Produire des données nationales régulières, ventilées et anonymisées sur les violences à l’égard des enfants et entre enfants, couvrant la victime, l’enfant mis en cause, le contexte, le type de faits et les réponses apportées.
- Renforcer une prévention globale, précoce et coordonnée des violences à l’égard des enfants et entre les enfants, agissant sur les facteurs individuels, relationnels, familiaux, institutionnels, communautaires, sociétaux et numériques qui favorisent les violences ou en entravent la détection et le traitement. Cette prévention doit commencer dès l’enseignement fondamental. L’extension des délégués à la protection des élèves à ce niveau constitue à cet égard une mesure essentielle, le harcèlement et d’autres formes de violence pouvant apparaître dès l’enfance et les jeunes enfants ayant besoin de voies de révélation accessibles et adaptées à leur âge.
- Généraliser des concepts de protection obligatoires et évalués dans toute structure, activité ou organisation accueillant des enfants, avec des voies de signalement adaptées aux enfants, une formation des équipes et un contrôle de mise en œuvre.
- Garantir des réponses précoces, protectrices et non carcérales, incluant l’accompagnement des victimes, l’évaluation et la prise en charge thérapeutique des enfants auteurs de violences, ainsi que des alternatives effectives à l’enfermement.
- Les discours publics et médiatiques doivent respecter les droits de tous les enfants concernés. La médiatisation de faits graves ne doit ni alimenter la panique morale ou la stigmatisation de groupes de jeunes, ni compromettre la présomption d’innocence, la vie privée et les perspectives de rétablissement des enfants concernés.